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Ouvrage majeur de la philosophie politique moderne, le Contrat social reste au cœur de nos réflexions sur la démocratie. Stabilisant les débats qui animaient la philosophie politique depuis Aristote, Rousseau fonde le principe de la souveraineté du peuple. Simplement qu’en est-il de ce peuple qu’il substitue, comme souverain, aussi bien aux philosophes-rois de Platon qu’à un quelconque monarque de droit divin ? Question décisive en démocratie, à laquelle Rousseau donne une réponse originale, demeurée caractéristique de toute la tradition française du républicanisme : c’est la volonté générale, orientée vers le bien commun, qui est souveraine, et non pas une simple combinaison des intérêts particuliers. Conception exigeante, que le Contrat social argumente avec le plus de radicalité, nous permettant ainsi de saisir avec précision la teneur, les grandeurs et les difficultés de l’option républicaine.
ROUSSEAU, Jean-Jacques

Le Discours de la méthode constitue l’un des actes de naissance de la philosophie moderne. Descartes y indique de quelle manière nous devons conduire notre raison pour construire un savoir universel partant de la connaissance que le sujet a de lui-même. La sagesse reste ici l’objet dont la philosophie est l’étude, mais cette sagesse ne saurait procéder que de « la connaissance de la vérité par ses premières causes » et culmine dans l’installation de l’homme « comme maître et possesseur de la nature ». Du savoir des principes premiers du réel à la morale, telle devient ici la démarche d’une philosophie qui tire toute vérité de la certitude que le sujet peut se forger sur lui-même, sur Dieu, sur le monde en appliquant des règles de connaissance.
DESCARTES, René

Introduisant en France l’empirisme issu de Locke, cet ouvrage marque une date importante dans la façon dont la philosophie moderne a élaboré une tradition alternative à celle qu’avait illustrée Descartes : parce que « les sens sont la source de nos connaissances », il ne saurait être question, dans la construction du savoir, de récuser l’apport de l’expérience. Pour autant, faut-il considérer que si nos connaissances viennent avec l'expérience, elles dérivent toutes et entièrement de l'expérience ? Cette question, qui sera celle de Kant, est ici en gestation : Condillac soutient en effet que le progrès de nos connaissances suppose, à partir du sensible, encore tout un travail de l’esprit, notamment sur le langage. Ce pourquoi beaucoup de penseurs se réclamant aujourd’hui de la philosophie analytique voient dans cet ouvrage une préfiguration de leur façon de philosopher.
CONDILLAC (Étienne Bonnot de)

Roman philosophique, Jacques le Fataliste organise sous la forme d’un récit une des meilleures discussions du déterminisme : comme tel, il constitue l’une des pièces les plus plaisantes du débat que la raison moderne n’a cessé depuis la philosophie des Lumières d’avoir avec elle-même. Parce que, pour le rationalisme, rien n’est sans raison, tout événement ne survient ainsi qu’inscrit dans une longue série de causes dont il est le produit, en sorte que tout devenir, individuel ou collectif, s’apparente à un destin. Que peut-il en être de la liberté humaine, dans un tel déterminisme ? Quel sens donner à nos vies, à nos actes, comment les juger, condamner les uns, louer les autres, si tout est aussi nécessaire que semblait l’avoir soutenu Spinoza ? Autant de questions que les avancées ultérieures des sciences, notamment, aujourd’hui, celles de la biologie, n’ont fait que creuser depuis l’époque où Diderot les avait posées avec une rare lucidité.
DIDEROT, Denis

Éminent représentant des penseurs modernes du droit naturel, Samuel Pufendorf édifie un des plus puissants systèmes juridiques et politiques, qui exerça une influence exceptionnelle sur les théories de l’État. Discuté pour la manière dont il défendit une conception accordant à l’État un pouvoir absolu, l’ouvrage de Pufendorf n’en constitua pas moins une référence majeure, au moins jusqu’à la Révolution française, pour toute la philosophie politique. Parce que, lors de la fondation de l’État, les citoyens se sont engagés par un contrat à respecter les décisions d’un souverain qui s’est engagé lui-même à gouverner en vue du bien public, ils ne sauraient, estime Pufendorf, avoir le droit de résister au pouvoir. Exemple le plus abouti, après Hobbes, d’un absolutisme contre lequel s’élèveront toutes les théories défendant un droit de résistance ou de révolution contre une puissance ne respectant pas ses engagements.
PUFENDORF, Samuel

Pensées, 1670
Commencées en 1660, les Pensées, qui ne furent publiées qu’après la Mort de Pascal (1662), constituent un fascinant ensemble de fragments dont nul ne peut dire avec certitude selon quel ordre Pascal les eût organisées en un livre. Il faut ainsi partir à la rencontre de ce qui s’apparente aux fulgurations d’un étonnant génie s’interrogeant notamment sur la confiance que nous pouvons accorder à la raison. « Descartes inutile et incertain » : prenant acte de l’affirmation cartésienne des prétentions de la raison à maîtriser la nature et à régler nos existences, Pascal, qui fut aussi un savant dans le registre des mathématiques et de la physique, est le premier penseur moderne à rappeler avec une telle vigueur la raison à une conscience de ses limites. Dénonçant deux excès : « n’admettre que la raison, exclure la raison », il invite à réfléchir sur des relations plus équilibrées entre le savoir et la foi. Réorienter son existence à partir d’une réflexion sur la finitude des créatures, retrouver sa place dans un monde qui ne tient son sens que de son origine divine : autant d’objectifs pour une des plus profondes approches de la condition humaine.
PASCAL, Blaise

Esclave durant son enfance, puis affranchi, Epictète a été, au premier siècle de notre ère, l’un des principaux représentants du stoïcisme. Sa pensée est caractéristique de la façon dont, dans le monde antique notamment, la philosophie a pu être conçue avant tout comme un ensemble de règles ou de préceptes permettant de répondre à la question de savoir comment il faut vivre. Lire Epictète aujourd’hui, c’est redécouvrir, dans la belle traductio du grec qu’en fit au du XVIIIe siècle André Dacier, l’une des conceptions originelles de la philosophie : celle selon laquelle il lui revient de viser une sagesse qui ouvre à chacun, esclave ou maître, puissant ou misérable, la perspective de vivre bien en se conformant à l’ordre rationnel du monde.
ÉPICTÈTE

Leibniz s’affronte dans cet ouvrage écrit en français à l’une des plus redoutables questions de la philosophie : celle du mal. Comment, notamment, disculper Dieu de l’accusation qu’on pourrait lui adresser de ne pas avoir créé un monde qui fût meilleur encore que celui-ci ? Un monde sans les souffrances, sans les fautes, sans tout ce qui vient limiter ou assombrir notre vie ? Prouesse de la raison s’attachant à défendre les vérités de la foi, la Théodicée s’applique à établir que nos actions s’inscrivent dans l’ordre d’un monde que Dieu a choisi et qui est donc « le meilleur des mondes possibles ». Rien de plus impressionnant, alors, que la façon dont Leibniz s’attache à garantir que, même ainsi inscrits dans un monde où tout est nécessaire, nos actes continuent néanmoins de relever de notre responsabilité, donc de notre liberté.
LEIBNIZ, Gottfried Wilhelm (von)

Modèle d’une théorie des limites de l’État, l’ouvrage de John Locke constitue la première expression aussi élaborée de ce qu’on appellera au XIXe siècle le libéralisme politique. Contre tout absolutisme, Locke soutient que les citoyens conservent, après avoir confié à l’État le soin de faire coexister leurs libertés, des droits inaliénables sans lesquels leur dignité ne serait pas respectées. Ces droits correspondent à autant de libertés ( opinion, conscience, association, culte, etc. ) qu’ils peuvent opposer à l’État et au nom desquelles ils peuvent lui résister. Le Traité du gouvernement civil constitua en ce sens l’une des principales inspirations philosophiques des Déclarations des droits de l’homme de la fin du XVIIIe siècle. Il demeure irremplaçable aujourd’hui pour construire la notion d’un État de droit.
LOCKE, John