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lundi 05 juillet 2010

L'affaire Dominici

C'est aux critiques de se prononcer. Autant livrer une impression personnelle : j'ai aimé l' émission (Robert Hossein, 30 juin , sur la 2) Elle rappelait les débuts de la radio interactive et la télé noble et naïve des années 60 . On y croyait presque. Il n'y avait plus qu'une chaîne... Vivacité et fragilité des humeurs, contingence des impressions? Tant d'affaires récentes donnent une actualité à la question de "l'intime conviction" ! En l'occurrence je n'en ai aucune et n'aurais pas voté.L'acquittement par les spectateurs de proximité ou les téléspectateurs ne prouve rien . Il est toujours joli, le temps passé. Et personne ne souhaite gâcher sa soirée en prenant le risque d'une erreur judiciaire dans le virtuel. Et l'affaire, qui attendrit les anciens rejoint la mythologie, au sens de Barthes, comme la 4 cv et Marie Besnard. Reste une question : est-il raisonnable de demander à des jurés de se prononcer sur un point de fait ? Lorsque je regarde un film policier, je trouve rarement l'assassin : j'aurais fait condamner des innocents. On peut soutenir , à la rigueur, que lorsque la culpabilité est scientifiquement établie, la détermination de la peine ne relève pas d'une compétence, mais de la conscience commune ( en la souhaitant éclairée !) Mais sur un point de fait ? des magistrats professionnels ne seraient-ils pas mieux armés pour maîtriser, en eux mêmes et pour tous,l'"opinion" - comme disent les philosophes ? La question est préoccupante. Elle est philosophique de plein droit par un de ses côtés, mais il y en a d'autres. On aimerait connaître - et, pourquoi pas ?, ici même , l'état de la réflexion sur ce sujet de juristes et d'hommes d'expérience.

jeudi 01 juillet 2010

CREATIONNISME, CONFUSIONNISME

"LOGICOMIX", roman graphique, nous fait connaître un enfant attachant : Bertrand Russell. Les aléas dans la distribution du texte en France ( où le ranger, sur quel rayon?) sont peut-être significatifs, comme le note E. Loret ( "Libération" 24-06-10, Cahier des Livres). Devenu grand , Bertie, il faut le reconnaître, a quand même écrit parfois des choses puériles, par exemple son essai : "Science et religion" (Folio). Dans l'Enfer de la bibliothèque de Grand-père il devait bien y avoir quand même quelques volumes de métaphysique continentale !Ils l'auraient libéré de la théologie de Grand-mère. Russell aurait-il cautionné ce terme "confusing" de créationnisme qui bloque un débat contemporain ? On peut le craindre quand on voit qu'il semble croire, ou feint de croire ( mauvaise foi, ignorance, sympathique verdeur du préjugé?) que le croyant prend au pied de la lettre les récits de la Genèse. Les "détestables mots", comme dit Valéry, qui font la mauvaise philosophie, ne sont pas tant ceux qui " "chantent" plus qu'ils ne "parlent". Ce sont ceux qui ne font ni l'un ni l'autre , mais répondent avant d'interroger. Créationnisme, mais même fondamentalisme ( puisqu'on parle aujourd'hui de revenir aux "fondamentaux" pour dire qu'il faut lutter contre l'illettrisme) voire, à la limite ,intégrisme sont dans ce cas. Que veut dire : Création ? Ici, des bibliothèques théologiques, des classiques de la métaphysique nous attendent.

mardi 10 juillet 2007

Limites de la fondation ultime de la raison ?

Quelle portée effective reconnaître à cette fondation ultime de la raison pratique dont nous avons examiné, sur l’exemple de la mise en évidence des contradictions performatives internes au discours raciste, comment elle consiste à montrer que celui qui nierait les valeurs de la raison (notamment son universalité et la reconnaissance qu’elle implique d’une égalité de tous les êtres humains devant les exigences et les ressources de l’argumentation) ne pourrait s’empêcher malgré tout, dès lors qu’il énonce sa négation, de reconnaître ce qu’il nie ? Je voudrais mettre un terme à cette série de billets en confrontant cette belle tentative de Karl-Otto Apel à ce qui était notre objectif dans toute cette série de billets : mesurer quelles possibilités nous sont vraiment offertes d’échapper au relativisme éthique et de fonder la prétention de certains choix de valeurs ( ceux de la rationalité morale ) à posséder plus de validité que d’autres.

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dimanche 08 juillet 2007

Les contradictions du racisme

Beaucoup de contradictions performatives sont autrement moins anodines que celle qui m’a servi d’exemple dans mon dernier billet, quand j’évoquais Clément répondant à sa mère qui lui demandait ce qu’il était en train de faire : « Je dors profondément ». Pour mesurer ce que la mise en évidence de cette dimension performative du langage, et des contradictions qui lui sont inhérentes, est apparue à Karl-Otto Apel offrir en matière de fondation des vérités morales, je vous propose de procéder comme nous l’avions fait sur l’exemple que j’ai rappelé, mais cette fois sur l’exemple du discours raciste : exemple classique dans ce type de discussion, mais aussi exemple redoutable, puisque ce discours, après avoir traversé la modernité, continue de hanter une partie de la conscience contemporaine, jusques et y compris dans certaines options politiques.

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jeudi 05 juillet 2007

« Quand dire, c’est faire »

Dans le cadre de l’éthique de discussion qu’il a élaborée il y a une vingtaine d’années avec Habermas, le philosophe allemand Karl-Otto Apel a estimé indispensable de procéder à une « fondation ultime » de l’éthique, permettant de répondre en toute certitude à la question de savoir « pourquoi, d’une manière générale, être moral ». Pour évacuer ainsi, en la matière, toute forme de scepticisme et de subjectivisme, il faudrait montrer que celui qui refuserait de reconnaître par exemple la valeur de l’impératif catégorique s’engagerait dans ce que Apel nomme des « contradictions performatives » : ne pas estimer que mieux vaut ne pas traiter l’autre seulement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin, ou ne pas reconnaître que seules peuvent valoir moralement les maximes de nos actions dont nous pouvons nous représenter qu’elles sont susceptibles d’être universellement acceptées, ce serait fragiliser la raison elle-même en l’impliquant dans une forme très particulière de contradictions. De cette ambitieuse démarche apélienne, j’ai déjà indiqué, dans mon dernier billet, le principe global : je voudrais préciser, dans celui-ci, sur quelle armature conceptuelle elle s’appuie.

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samedi 30 juin 2007

« Pourquoi, d’une manière générale, être moral » ?

Telle est la question que pose en 1994 le philosophe allemand Karl-Otto Apel, co-fondateur avec Jürgen Habermas dans les années 1970-1980 d’une des plus puissantes éthiques contemporaines : l’éthique de la discussion. Recentrant la rationalité morale sur le terrain de l’argumentation et de l’échange argumentatif, cette éthique défend le principe d’un renouveau du cognitivisme : elle estime, contre tout scepticisme, qu’il existe bien des vérités morales, mais qu’elles émergent d’un travail argumentatif mené en commun, à la recherche du « meilleur argument », par les partenaires d’une discussion sur telle ou telle question éthique.

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dimanche 24 juin 2007

Une foi en la raison ?

« Une analyse rationnelle des conséquences d'une décision n'en fait pas nécessairement une décision rationnelle. Cette décision, c'est nous seuls qui la prenons; mais en faisant l'effort de prévoir clairement les suites, aidés par notre imagination, du moins pouvons-nous dire que nous ne la prenons pas aveuglément ». La précision ainsi apportée par Karl Popper, dans La société ouverte et ses ennemis, peut déconcerter le rationaliste : le choix en faveur de la raison est certes, estime Popper, « la seule attitude moralement justifiée », échappe-t-on vraiment au relativisme en convenant qu’un tel choix repose sur une décision en elle-même irrationnelle ?

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jeudi 21 juin 2007

Vérité et discussion

A la redoutable question du relativisme, l’une des solutions les plus prometteuses a été fournie par Karl Popper dans La société ouverte et ses ennemis, en 1945. Pour échapper au dogmatisme, il faudrait convenir que les propositions sur les valeurs, comme les énoncés sur les faits, sont, au sens propre, « discutables », et que leur valeur de vérité n’émerge pas sans un moment de « décision ». En même temps, pour échapper au relativisme ou au « décisionnisme », il s’agirait de ne pas en conclure que cette intégration de la discussion et de la décision à la production de la vérité conduit à remettre en cause la distinction entre la vérité et l’erreur – ce que faisait Nietzsche, par exemple, en réduisant toute position de valeur à une simple « erreur utile » à celui ou à ceux qui se donnent cette valeur. Voie étroite donc, mais qu’il faut essayer de parcourir si nous voulons cerner et apprécier cette façon de ne pas sacrifier la vérité.

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dimanche 17 juin 2007

Relativisme ou conventionnalisme ?

Le relativisme, aussi ancien que peut l’être la philosophie elle-même, ne cesse de renaître de ces cendres et de venir hanter nos consciences, tout spécialement nos consciences morales. Si en effet il nous est devenu difficile de concevoir la fondation de quelconques vérités pratiques sous la forme d'une référence à l'idée d'un Bien ou d'un Juste en soi auquel devrait correspondre une fin pour être bonne ou juste, comment ne pas en conclure aujourd’hui que la position d’une fin comme bonne ne vaut que pour celui ou ceux qui en font le choix ou qui en décident ainsi ?Décisionnisme qui correspondrait alors à un retour en force du relativisme caractérisée certes (contre tous les dogmatismes) par une peu contestable puissance de séduction, mais aussi par des potentialités inquiétantes que résume la notion de nihilisme : si rien n’a de valeur que pour celui qui en décide ainsi, comment ne pas considérer que, dans un monde où l’égalité des individus en droits semble impliquer l’égalité de leur points de vue, tout se vaut ?

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mercredi 13 juin 2007

Post-scriptum pour les Professeurs

J’ajoute à mon billet de ce jour ce bref post-scriptum, pour vous demander, au nom d’Alain Renaut et en mon nom propre, ce qu’il vous semble du dispositif que nous avons mis en place depuis un an sur ce site et qui en complète les versions écrites.

Il nous serait infiniment précieux que vous ayez la gentillesse d’utiliser la possibilité de répondre à ces billets par des commentaires pour nous communiquer vos appréciations, vos critiques, vos suggestions, bref : tout ce qui nous permettrait d’améliorer encore cet outil que nous avons conçu pour accompagner votre enseignement et sur lequel, de ce fait, vous disposez d’un point de vue privilégié pour l’évaluer.

Merci d’avance.

Ludivine Thiaw-Po-Une

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